Compte-rendu du Forum international de la revue Réalités « L’Europe, le Maghreb, et l’Afrique : pour un nouveau partenariat global »

L’alliance des forces vives L’Union Européenne et l’Afrique disposent réciproquement d’atouts sérieux pour construire ensemble un nouveau partenariat dépassant les traditionnelles questions de développement. L’initiative semble avoir suscité un réel intérêt sur les deux continents qui développent une histoire commune et qui sont appelés à une collaboration profonde et durable. L’objectif affiché par les Européens à Lisbonne consiste à construire un nouveau partenariat stratégique (la Stratégie commune Afrique-Europe) basé sur une relation d’égal à égal avec l’Afrique en rupture avec une vision caritative moralisante.

C’est dans ce cadre que s’inscrit la XIIIème session du Forum international de Réalités les 28 et 29 avril à l’hôtel Alhambra Thalasso à Yasmine Hammamet sous le thème «L’Europe, le Maghreb et l’Afrique : pour un nouveau partenariat global »

Taïeb Zahar : Pas de fatalité à l’échec ou au sous-développement

L’Union Européenne et l’Afrique sont engagés dans un partenariat, fruit d’une longue et riche coopération. M.Taieb Zahar président de ce forum international a précisé que « cet espace d’échange et de dialogue qui réunit les forces vives de deux continents africain et européen essaie de mettre en question ces stratégies inégalitaires de deux continents à travers une réflexion collective entre experts, économistes, responsables politiques, chefs d’entreprises et société civile. Notre forum s’est penché sur les obstacles à un partenariat entre Europe et Afrique et a essayé d’identifier les moyens et les objectifs stratégiques communs afin de réaliser un vrai dialogue entre l’Union Européenne et le continent africain dans ce contexte de mondialisation qui pèse lourd sur ce continent. Cette Afrique est pleine de ressources. Son parcours est édifiant dans le sens où il prouve qu’il n’existe aucune fatalité de l’échec ou du sous développement. Nous voulons cette Afrique guérie de ses blessures et des ses guerres et qu’elle se développe sans cesse avec ses partenaires maghrébins et européens »

M. Adrianus Koetsenruijter ambassadeur chef de la délégation de la commission européenne a estimé que « ce partenariat Afrique-Europe permet de coopérer en vue de développer une vision partagée et une politique commune pour relever les défis futurs. Si l’Europe a des possibilités pour avancer, l’Afrique n’a pas encore les moyens pour s’en sortir et même l’Union entre les pays du Maghreb tarde à se concrétiser. Mais ceci ne nous empêche pas de considérer l’Afrique comme un partenaire tout entier surtout que les deux continents Europe et Afrique développent une histoire commune »

Faire entendre la voix de l’Afrique

M. Kordjé Bedoumra vice Président de la Banque Africaine de développement (BAD) a estimé que « l’Afrique revient dans le jeu du monde avec une croissance de 4,5% en 2010. Toutefois la situation reste précaire en raison du recul des exportations et des investissements. La BAD est aux côtés de ce continent pour le soutenir dans son développement et atténuer les effets de la crise mondiale. Nous essayons de faire entendre la voix de l’Afrique surtout que plusieurs entreprises naissent et créent des richesses et des emplois tout en favorisant l’émergence d’espaces régionaux et inter-régionaux. Le renforcement de l’intégration africaine est un élément fondamental pour le développement entre l’Afrique et l’Europe. Le Maghreb a aussi un rôle à jouer et pourra contribuer à instaurer un bon partenariat dans le cadre de ses relations avec l’Afrique et l’Europe.

Le développement inégal du Nord et du Sud

M.Sénen Florensa directeur de l’IEMED (Espagne) a évoqué l’inégal développent du Nord et du Sud « Cet écart est grand mais commence à se réduire notamment dans les pays du Maghreb. Certes dit-il l’Afrique est en train de bouger car nous développons avec elle une histoire commune et notre souhait est de favoriser l’intégration entre le Maghreb et l’Afrique et entre l’Europe et l’Afrique à travers un grand partenariat euro-maghrébin-africain qui viendrait revaloriser et compléter le partenariat euro-méditerranéen. Nous devrons considérer l’Afrique comme une source d’opportunité et non un continent à problème surtout qu’elle est en train de se construire avec la naissance de l’Union africaine. Toutefois ceci ne l’empêche pas qu’elle doit maîtriser ses problèmes démographiques et la Tunisie a un rôle à jouer dans ce rapprochement entre l’Afrique et l’Europe »

M.Sergio Cuesta directeur au ministère des affaires étrangères et de coopération en Espagne n’a pas caché son optimisme car avoue-t–il que ce partenariat pourra se développer plus et se consolider entre le Nord et le Sud. Le chemin est long certes. Mais il faut du temps pour arriver. La construction de l’Union Européenne n’a pas été facile et je pense que l’Afrique a aussi ses atouts pour aller en avant avec ses partenaires »

L’ancien Premier ministre algérien M. Smail Hamdani s’est interrogé sur la nature de ce partenariat « C’est une ambition dit-il légitime mais difficile à réaliser. Quel est le contenu de ce partenariat ? Que veut l’Europe de son partenariat avec l’Afrique ? Y-a-t–il des intérêts communs? La tâche est certes ardue. Après un demi-siècle d’indépendance, l’Afrique vit encore des problèmes et des difficultés de développement. La mondialisation a fait que d’autres forces économiques s’intéressent à l’Afrique comme les Etats –Unis et la Chine. Mais l’Europe a un avantage historique mais devra être plus compétitive pour répondre aux attentes de l’Afrique »

Au cœur des enjeux

Ce forum intervient au moment où l’Afrique, y compris le Maghreb Arabe, se trouve plus que jamais courtisées par l’ensemble des communautés continentales et régionales, sous les effets conjugués de la mondialisation de l’économie et de la multi-polarisation du nouvel ordre économique mondial. « Avec bientôt un milliard d’habitants, l’Afrique est au cœur des grands enjeux de notre temps a précisé M.Mohamed Nouri Jouini ministre du Développement et de la Coopération Internationale. La communauté internationale doit apporter tout son appui aux forces du renouveau africain. Voilà pourquoi la Tunisie ne cesse d’appeler à un dialogue nouveau entre l’Afrique et la communauté internationale en général, et l’Union Européenne en particulier, un dialogue qui soit davantage ouvert, responsable et garant du respect de la mutualité, de la réciprocité et des intérêts communs. L’Afrique bouge et malgré tous les obstacles, elle est bel et bien aujourd’hui en mouvement. De la singularité de parcours de chaque pays africain, nous avons beaucoup appris et nous demeurons persuadés que de la diversité des approches crée le besoin d’adaptation des stratégies et des moyens de coopération et de partenariat. Ce forum vient justement, accompagner le début de cette nouvelle approche et la naissance d’un autre regard sur le partenariat Europ-Afrique. L’aide au développement a ajouté le ministre prépare l’établissement de partenariat mutuellement profitable. Malgré les efforts accomplis, de nombreux indicateurs donnent à penser que l’objectif fixé par la communauté internationale, risque de ne pas être atteint. Le nombre de personnes en profonde pauvreté ne diminue actuellement que de 6 millions par an au lieu de 22 millions visés, 800 millions de personnes, dont les deux tiers sont des enfants, restent toujours sous-alimentés. Cela confirme si besoin est, la pertinence de l’appel du Président Zine El Abidine Ben Ali à la création et à la mise en œuvre du Fonds Mondial de Solidarité.

M. Jouini : Le rôle central de l’aide politique au développement

Il est vrai que le partenariat et la coopération pour le développement peuvent contribuer, à travers la formation et la mobilisation au niveau des pays en développement de ressources sûres et durables, il n’en demeure pas moins vrai que « l’aide publique au développement, garde toujours un rôle central dans le schéma mondial de développement a souligné M. Jouini « Le deuxième sommet annuel UE-Afrique a marqué un réel tournant dans les relations africo-européennes avec le lancement d’un nouveau partenariat plus solide et équilibré. Ce partenariat sera favorisé par les changements considérables qui ont lieu dans nos deux continents. Le processus d’intégration s’est accéléré avec la transformation de l’organisation de l’Unité africaine en Union africaine. L’Union Européenne de son côté a approfondi et élargi son intégration. Les efforts se sont par ailleurs poursuivis en Afrique et en Europe afin de régler les conflits et les situations de crise. Il nous appartient à nous autres Africains et Européens de donner un sens concret à ce partenariat. La Tunisie appelle à un engagement plus fort de l’Union Européenne et de la communauté internationale pour une mise en œuvre effective et rapide des engagements pris en faveur du continent africain. Il est en même temps urgent d’agir et d’œuvrer pour la mise en œuvre d’initiatives concrètes et novatrices pour le partenariat notamment en matière d’éducation, de recherche scientifique et d’intégration mettant à profit la riche expérience des pays de l’UE. Il est donc question de faire du développement de l’Afrique l’atout qui favoriserait et renforcerait la coopération entre l’Afrique et l’Europe dans le cadre précisément d’un partenariat empreint de solidarité, de responsabilité partagée et de complémentarité. D’où a précisé le ministre la nécessité de développer le commerce, améliorer la qualité de nos produits pour permettre un accès effectif aux marchés régionaux et internationaux, assurer une plus grande complémentarité entre nos économies, favoriser les projets fédérateurs au niveau régional et sous-régional et donner la priorité au capital humain. Ce partenariat favorise un partenariat gagnant-gagnant dans ce domaine et met fin à l’ancien modèle de coopération dans lequel les pays du Nord détenaient le savoir et les activités à forte valeur ajoutée alors que les pays du Sud se limitaient aux activités de sous-traitance. L’UMA en tant que groupement sous-régional du continent africain est bien positionnée pour agir en tant que pivot dans le nouveau modèle de partenariat Europe-Afrique. Elle peut partager ses acquis avec les autres groupements régionaux en Afrique et contribuer ainsi à la promotion d’un partenariat efficace et durable, aussi bien à l’intérieur du continent africain que dans le cadre des relations de l’Afrique avec ses partenaires de l’Union Européenne. » Bref comme l’ont démontré les intervenants durant ce forum de Réalités, il faudrait bouger et développer une alliance entre l’Afrique et l’Europe qui soit fondée sur un vrai accord avec des intérêts communs. Ce forum a comporté quatre grands panels : Le premier a traité de la coopération Europe-Afrique : comment restructurer la coopération entre l’Europe et l’Afrique, le deuxième a parlé de la structuration de l’Afrique et la contribution des ensembles régionaux à l’intégration globale africaine, le troisième a soulevé le développement durable et les objectifs du millénaire ; quel plan d’action pour l’Afrique ? Et le 4ème a pour thème l’Afrique convoitée et les stratégies concurrentes des puissances extérieures. Nous y reviendrons.

Ce compte-rendu, publié sur le site du quotidien indépendant tunisien Le Temps, a été rédigé par Kamel Bouaouina.

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