L’Observatoire pan-africain des Médias : points de vue des avocats spécialistes de la liberté d’expression dans les médias

Trente-deux membres et partenaires de l’Exchange International de la Liberté d’Expression (IFEX) travaillant sur la liberté d’expression en Afrique ont joint leurs forces pour libeller une position commune en réponse à la « feuille de route conjointe » proposée par la CUA et la CE cette année, dont l’objectif est de créer un Observatoire pan-africain des médias.

Peu de temps avant le 15 juillet, alors que le processus de consultation relatif à une proposition controversée de la part de la Commission de l’Union africaine (CUA) et de la Commission européenne (CE) ayant pour objectif de créer une Observatoire pan-africain des Médias était sur le point de se terminer, les organisations de défense de la liberté d’expression des médias se sont mobilisées afin que leurs voix soient entendues sur cette question.

Une des composantes de cette « feuille de route conjointe », proposée par la CUA et la CE cette année, prévoit d’instaurer un Observatoire pan-africain des médias, qui « comprendrait des personnalités éminentes ». Celui-ci serait basé à Addis Abeba (Éthiopie) et disposerait d’un statut légal lui permettant d’intervenir comme médiateur dans les litiges de la sphère médiatique.

En réponse à cette proposition, 32 membres et partenaires de l’IFEX travaillant sur la libre expression en Afrique ont joint leurs forces pour soumettre un projet commun, mené par l’ONG Media Rights Agenda, basée au Nigéria.

Bien que les signataires de cette déclaration conjointe apprécient l‘objectif ciblé par l’Observatoire, à savoir développer davantage la liberté de la presse sur le continent, ils reprochent à cette initiative, telle que libellée dans sa forme actuelle, « de créer au final de plus lourds problèmes encore pour les médias ».

La proposition souligne que les menaces à l’encontre des médias africains sont dérivées du fait que « le pouvoir réel est maintenu détenu par un petit groupe d’entreprises et de sociétés économiques mondiales ». C’est une représentation imparfaite de la réalité dans laquelle les journalistes travaillent, ont argumenté les avocats spécialisés en liberté d’expression des médias.

“Seule une petite minorité des médias africains est contrôlée par les entreprises économiques mondiales… La véritable problématique pour la grande majorité des médias africains est de trouver comment contrer l’influence autoritaire et envahissante des États, qui cherchent invariablement à contrôler les médias à des fins de propagande, généralement en vue d’empêcher de réels scrutins publics et de faciliter leur propre maintien au pouvoir », peut-on lire dans le communiqué.

Vu le contexte, les signataires ont aussi fait part de leur inquiétude à propos de la possibilité que les gouvernements responsables de la limitation de la liberté d’expression des médias, agissant au moyen de lois et d’actions violentes, pourraient devenir encore plus puissants étant donné leur appartenance à la CUA, en profitant pour faire valoir des normes professionnelles pour les médias.

Selon les 32 signataires, “ce projet va à l’encontre du principe bien établi selon lequel des médias libres, indépendants et pluralistes devraient idéalement être détachés de toute interférence et de tout contrôle gouvernemental, dans le sens où il vise à ce que les organisations médiatiques et les professionnels des médias africains soient soumis aux contrôles et aux interférences gouvernementaux ».

D’autres inquiétudes soulevées concernent l’oubli des objectifs passés en matière de liberté d’expression, par exemple la Déclaration de Principes sur la Liberté d’Expression en Afrique, adoptée par la Commission africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples en 2002. De même, la proposition ne reconnait pas le travail important effectué par les organisations s’impliquant d’ores et déjà dans le développement des médias africains.

Au lieu de mettre en œuvre l’Observatoire tel que défini initialement, les signataires demandent à la CE et à la CUA de créer une plateforme qui renforcerait la mise sur pied et l’exécution des chartres, principes et mécanismes déjà en place afin d’améliorer la liberté d’expression aux quatre coins du continent. En outre, ils requièrent que les groupes travaillant déjà sur cette problématique soient soutenus.

Enfin, les organisations de défense des médias demandent à la CE et à la CUA de renforcer le mandat du Rapporteur Spécial pour la Liberté d’Expression et l’Accès à l’Information en Afrique.

D’autres organisations et réseaux de défense de la liberté de la presse et du développement des médias ont aussi fait entendre leur voix au cours du processus de consultation.

Dans une communication séparée à la consultation, le Forum mondial pour le Développement des Médias (GFMD) et le Forum africain pour le Développement des Médias (AFMD) ont fait part de leur inquiétude à propos de cette stratégie visant à créer une structure pan-africaine sans que soit d’abord renforcés ou crées des conseils médiatiques nationaux et indépendants. Dans cette communication collective, on s’interroge : « Comment une structure pan-africaine focalisée sur la médiation des conflits peut-elle garantir le droit à chacun d’être informé, si dans la plupart des pays africains il n’existe pas de législation en place ou d’application légale favorisant la liberté d’information ? ».

Des communiqués parallèles au processus consultatif ont également été émis par la Fédération des Journalistes africains (FAJ), la Fondation internationale des Journalistes (FIJ), le Forum des Editeurs nationaux d’Afrique du Sud (SANEF – South Africa National Editors’ Forum), le Syndicat national des Journalistes somaliens (NUSOJ), ARTICLE 19, ainsi que par le Médiateur et le Conseil de Presse sud-africain.

Lire la déclaration conjointe :
Communication conjointe sur le projet d’Observatoire pan-africain des Médias

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