Le budget agricole européen au secours des victimes de la crise alimentaire ?

Utiliser l’argent non-dépensé de la Politique Agricole Commune, pour aider les pays en voie de développement à accroître leur production agricole : telle est l’idée qui germe actuellement dans les débats européens. Mercredi, la commission Développement au Parlement en a discuté avec des experts internationaux. Alors que la crise alimentaire se fait encore sentir à l’échelle planétaire, le rapporteur irlandais Gay Mitchell avait expliqué l’intérêt et les enjeux de cette proposition.

Pourquoi utiliser cet argent et comment doit-il être dépensé ?

Gay Mitchell (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens) : « Cet argent est disponible dans le budget européen pour des subventions, en cas de chute des prix des produits agricoles. Comme les prix alimentaires n’ont pas baissé, l’argent ne sera pas dépensé et il devrait, normalement, retourner aux Etats-membres.

Mais les récentes émeutes de la faim ont montré à quel point la crise alimentaire est vive dans les pays en voie de développement. Certains pays qui exportaient du riz en importent maintenant et ils ont dû, pour cela, abaisser leurs droits de douane ; ce qui signifie qu’ils perdent de l’argent.

L’index des prix alimentaires a augmenté de 40% l’année dernière, ce qu’on peut constater dans nos supermarchés -imaginez ce que cela signifie pour les populations des pays en développement qui souffrent déjà de malnutrition ! Selon certaines estimations, une solution de moyen-terme au problème de la faim dans le monde couterait 18 milliards d’euros.

Ce que propose l’UE, c’est d’essayer de trouver 10% de cette somme, soit 1.8 milliards d’euros, sur les 2-3 prochaines années. Cet argent proviendrait du budget agricole non dépensé et pourrait être complété par chaque Etat-membre.

Une partie de cet argent devra servir à acheter de la nourriture aux populations, car les stocks de grain ont fondu à un niveau jamais vu auparavant. Mais la plus grande partie ira à l’achat de graines, de fertilisant et à l’irrigation, pour que ces pays puissent développer leur propre production alimentaire. »

Comment garantir que cet argent bénéficiera vraiment à ceux qui en ont besoin ?

« L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), l’Union Européenne et les acteurs internationaux sont déjà en train d’identifier les pays les plus pauvres qui ont le plus de besoins. Nous devons agir vite pour atteindre leurs populations.

Une récolte approche et le mois de mars prochain est une date-butoir importante. Si le Parlement approuve l’utilisation de cet argent, nous pourrons nous engager à dépenser 750 millions d’euros cette année, à temps pour la prochaine récolte de l’année prochaine. »

Comment l’utilisation des fonds sera-t-elle contrôlée ?

« La transparence la plus totale est nécessaire et une évaluation indépendante devra être effectuée sur la manière dont cet argent est dépensé. Si le Parlement ne souhaite pas être impliqué dans la micro-gestion de cet argent, nous exigerons des rapports réguliers pour garantir la responsabilité de son utilisation devant le Parlement. »

Les Européens sont eux aussi affectés par l’augmentation des prix de l’alimentation : pourquoi ne pas aider aussi les familles pauvres en Europe ?

« Dans les pays en développement, les gens meurent : c’est d’abord une question de vie ou de mort. Ensuite, nous nous étions engagés à stopper la faim et la malnutrition dans les Objectifs du Millénaire. Or, nous avons détourné les yeux du problème de la malnutrition. Enfin, si nous soutenons la production agricole dans les pays en développement, cela aura un impact sur la situation alimentaire internationale et nous aidera en retour. Donc il y a des raisons à la fois égoïstes et généreuses de faire ce geste ».

Certains craignent que l’utilisation de cet argent non dépensé ne créé un précédent dangereux. Que répondez-vous ?

« Le financement de Galileo a été un précédent. Maintenant, certains estiment qu’il faut transférer l’argent dans le budget européen consacré à l’aide au développement, d’autres qu’il faut le rendre aux Etats-membres. Je dois rencontrer les ministres des 27 ce mois-ci pour en discuter.

Mais la réalité, c’est que nous devons agir rapidement. On ne peut pas ignorer les émeutes de la faim. L’UE doit montrer qu’elle sait réagir aux évènements mondiaux. Nous devons aider ces peuples qui sont dans une situation difficile ».

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