Sécurité et développement en Afrique: renforcer la prévention, la résolution et la gestion des conflits

L’UE et l’Union Africaine élaborent actuellement un partenariat de sécurité et développement, basé sur le renforcement du dialogue entre les factions en guerre, sur la supervision du processus de paix et de sécurité en Afrique, et sur l’appui des opérations de sécurité en Afrique, ont affirmé les orateurs du EPC Policy Dialogue organisé en coopération avec la Hanns-Seidel-Stiftung. Cette politique devrait également mettre l’accent sur la sécurité des les pays émergeants de conflits, afin de leur permettre de se développer, et la société civile devrait être encouragée à jouer un rôle majeur à cet régard.

Martin Kastler, Chef de Département des politiques de développement et de coordination de projets européens auprès de la Hanns-Seidel-Stiftung, a déclaré que l’Union doit renforcer sa responsabilité à l’égard de l’Afrique à travers un partenariat transparent et équitable. L’UE soutient la sécurité et le développement en Afrique et favorise une structure conjointe UE-Union Africaine (UA). Dans ce cadre, l’Union collabore avec le Conseil paix et de sécurité de l’Union Africaine, appuyant ses programmes de renforcement de capacités et de gestion des crises.

Priorités
Mme Daniela Dicorrado Andreoni, Chef de département pour les thématiques Paix et Sécurité auprès de la DG Développement de la Commission européenne, a déclaré que si d’un côté l’UE travaille en collaboration avec l’UA sur la sécurité et le développement, cela doit tenir compte des asymétries entre les deux organes. Tout d’abord, il a fallu à l’UE 50 ans afin d’élaborer une politique européenne de sécurité et de défense (PESD), alors que l’UA est une jeune organisation qui a mis la sécurité et la défense au cœur de ses politiques. Deuxièmement, l’architecture de la sécurité africaine est conçue pour être mise en œuvre dans le continent, alors que la PESD est prévue pour agir à l’extérieur de l’UE.
Ces différences ont pour conséquence qu’on ne peut prévoir comment la stratégie sera mise en œuvre, a déclaré Mme Dicorrado Andreoni. Des relations antérieures ont été construites sur la base de relations économiques et de l’aide au développement, mais la mondialisation donne à l’Union européenne davantage de possibilités pour utiliser ses capacités de sécurité pour favoriser la résolution de conflits en Afrique. Cette stratégie englobe et articule le « lien entre sécurité et développement », a-t-elle affirmé, et est basée sur trois priorités : renforcer le dialogue entre les factions en guerre ; contrôler l’architecture de paix et de sécurité en Afrique ; soutenir les opérations de sécurité en Afrique.

Plus important encore, cette politique évite un « top-down » ou une approche « Bruxelles » et se concentre sur les opérations de décentralisation en Afrique, au-delà d’une approche institutionnelle, afin de faire participer la société civile et d’autres acteurs qui ont un intérêt dans le règlement des conflits. L’équipe UE de mise en œuvre du Partenariat Afrique – UE pour la paix et la sécurité, présidée par le général Pierre-Michel Joana, Conseiller spécial pour les capacités de maintien de la paix en Afrique, travaillera avec l’équipe de mise en œuvre de l’Union Africaine ainsi qu’avec des équipes régionales. L’UE a évolué par rapport à l’époque où elle venait juste « signer des chèques » pour les activités qu’elle appuie en Afrique.

Définition du lien « Sécurité-Développement »
Stefan Mair, Directeur d’Etudes auprès de l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), a déclaré qu’il fallait tout d’abord définir le lient « sécurité-Développement ». Il existe un large consensus sur le fait que développement et sécurité sont inextricablement liés : le développement est impossible dans un vide en matière de sécurité et un pays qui est sous-développé risque de connaitre des conflits internes. Toutefois, la relation de cause à effet entre ces éléments n’a jamais été prouvée et il y a eu des cas, comme celui de la Yougoslavie, où la sécurité s’est effondrée dans ce qui était raisonnablement un pays développé. Il faut également examiner les termes «développement» et «sécurité», du moment que les définitions actuelles de « sécurité » sont si grandes qu’elles peuvent inclure le « développement ». Depuis le 11 septembre, «sécurité» a été élargi à de nouveaux risques, tels que le changement climatique ou la migration.

Le sens du terme « sécurité » dépend aussi du continent. Aux États-Unis, « les problèmes de sécurité » couvrent la migration ou le terrorisme, alors qu’en Afrique « les problèmes de sécurité » s’appliquent aux activités d’un dictateur ou à des bandes criminelles. Ainsi, comment cette politique sécurité-développement pourrait-elle être mise en œuvre ? a demandé le Dr Mair. Certains pensent que le développement doit être un outil pour soutenir la sécurité. Par exemple, au cours de la guerre froide, l’aide au développement a servi à soutenir des dirigeants autoritaires en Afrique, afin de les garder dans le bloc occidental, alors qu’aujourd’hui, l’aide au développement des États-Unis soutient le président Pervez Musharraf au Pakistan.

Depuis le 11 septembre, les gouvernements européens, à travers les ministres chargés de la coopération au développement, font valoir que l’aide au développement est un moyen de lutter contre les causes profondes du terrorisme, et demande donc un financement accru. M. Mair a déclaré que, bien qu’il n’était pas en désaccord avec le consensus général sur le sens du lien développement-sécurité, il était trop simpliste et pourrait conduire à des confusions conceptuelles, ce qui rend impossible fixer des priorités.

Mettre l’accent sur la reconstruction post-conflit
Cheryl Hendricks, Senior Research Fellow au Bureau de Pretoria (Afrique du Sud) de l’Institut for Security Studies (ISS), a expliqué que son organisation est un think thank qui se concentre sur les questions de paix et sécurité et assiste le Conseil Paix et Sécurité de l’Union Africaine. Tout en étant d’accord sur la confusion conceptuelle entre « développement » et « sécurité », elle a affirmé que la notion de protection « sécurité humaine » a été accepté pendant plus d’une décennie et doit être soutenue par une politique de « haute sécurité » au niveau local.

En Afrique, le nombre de guerres civiles est en baisse, mais le nombre de guerres entre États et de conflits de faible intensité ne cesse d’augmenter. Compte tenu de la fragilité des États qui sortent de ces conflits, une plus grande attention devrait être centrée sur la reconstruction post-conflit, renforçant la sécurité pour favoriser le développement. Dans le cadre de son architecture paix et sécurité, l’UA a créé le Conseil Paix et Sécurité, de 15 membres, et un « Comité des sages » pour donner des conseils sur les activités de maintien et de développement de la paix, groupe qui devrait d’ailleurs selon certains davantage « montrer ses muscles ».

Réaliser la paix en Afrique comprend deux aspects : soit en utiliser des hommes d’Etat d’expérience afin de persuader les gens à conclure des accords de paix, soit impliquer la société civile dans les négociations de paix, et selon Mme Hendricks cette deuxième approche devrait être utilisée plus souvent. L’UE aide actuellement l’Afrique à développer un «système continental d’alerte rapide », dont l’ISS a inauguré la formation nécessaire. Bien que le partenariat UE-Afrique soit beaucoup plus égal que dans le passé, des asymétries existent encore et parfois l’Union ne parvient pas à comprendre ce qui est nécessaire.

Mme Hendricks a souligné l’utilisation croissante de la Résolution 1325 des Nations Unies sur «les femmes, la paix et la sécurité», qui donne aux femmes un rôle plus important dans la consolidation de la paix, mais a aussi affirmé que plus de femmes ont besoin d’être actives dans les forces armées avant de pouvoir jouer un rôle moteur dans la reconstruction post-conflit.

En outre, une plus grande attention devrait être accordée à la gestion des catastrophes en Afrique. Par exemple, la Communauté pour le développement des pays d’Afrique australe (SADAC) a tenté de résoudre la crise au Zimbabwe par l’intermédiaire du Président sud-africain Thabo Mbeki, mais cela n’a pas abouti en raison de l’absence d’outils juridiques ou d’instruments de sauvegarde. Une grande partie du plan d’action de l’UE pour la sécurité en Afrique est basée sur le renforcement des capacités, et tandis que l’Afrique manque encore de connaissances et d’expérience, le continent a cette capacité, mais elle est sous-utilisée. Toute formation devrait s’appuyer sur ce point, et non pas recommencer depuis le début, a déclaré Mme Hendricks.

Globalement, il serait préférable de fixer moins d’objectifs, plutôt que de concevoir une « liste » d’actions, étant donné que le succès dans quelques domaines circonscrits a un impact majeur.

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