Bonne gouvernance : les exemples de l’UE pour l’Union Africaine

L’Europe définit souvent la paix. Cela comprend des références économiques et politiques. Pourtant, cette Union Continentale, l’UE, à la fin des années 1950, n’est pas née avec ce deuxième élément, mais avec le premier, a affirmé Tunji Ajibade.

L’économie d’échelle de l’UE a été une forte motivation à s’unir, mais n’a pas été l’unique. Une union politique a été laissée dans le sac. A ce moment-là, faire cavalier seul économiquement a été fait au détriment des petites nations. Une grande communauté économique avait un sens. Ceci se passa pour les nations européennes qui n’avaient aucune chance de rivaliser avec des concurrents comme les États-Unis d’Amérique dont l’économie se relançait dans les années d’après-guerre.

Pourtant, certains pays se montraient méfiants face à une telle association. La Grande-Bretagne, par exemple, qui resta hors de cette union pendant de nombreuses années. La crainte de perdre sa propre souveraineté nationale en fut la cause principale. Ensuite, dans un second moment, la carte de l’union politique a été extraite de la valise et l’UE est née. Une Europe qui fait les choses d’un point de vue centralisé, avec des règles standardisées, représente effectivement un État continental en cours d’élaboration. L’idée des États souverains qui font ce que bon leur semblent dans ce qui est considéré comme domaine interne est dépassée. Pourtant, cela n’a pas empêché d’autres continents de tenter de rattraper l’UE. L’Afrique en fait partie.

Lorsque l’Union Africaine (UA) a été créée en quelques années, l’intention était de suivre l’exemple de l’UE. Lors de sa session de l’année dernière, toutefois, la majorité de ses membres a hésité à aller de l’avant à toute vapeur pour former les États-Unis d’Afrique que certains dirigeants UA souhaitaient. Parler de l’intégration d’abord au niveau régional et progressivement passer à un continent unifié est le réservoir dans lequel les dirigeants africains se sont retirés.

En juin dernier, la région d’Afrique australe (SADC) a fait beaucoup de bruit sur les efforts qu’elle déploie vers l’intégration sur des questions déterminées. La CEDEAO d’Afrique de l’Ouest a chanté à peu près le même refrain lorsque ses dirigeants se sont réunis la semaine dernière. En Afrique de l’Est, le débat a le même ton et rythme. Quand cinquante-trois membres de l’UA se sont réunis en Egypte dernièrement, des questions telles que pain et beurre d’un coté, et tribunal UA et quelque chose de plus proche aux droits de l’homme de l’autre étaient aux deux extrémités de leur liste du menu.
Il y avait une foule d’autres questions sur la table allant de l’eau au thème du Darfour entre autres.

Mais la question du Zimbabwe a éclipsé toutes les autres. La situation dans ce pays d’Afrique australe était telle que le Secrétaire général adjoint de l’ONU est venu en discuter avec les dirigeants de l’Union Africaine. Accepter ce que Robert Mugabe a fait dans son pays signifierait envoyer un signal dangereux dans le continent africain, a-elle mis en garde.

Certes les dirigeants africains n’ont pas été aveugles à ce qui s’est passé au Zimbabwe. Mais certains de ces dirigeants refusaient d’interdire à Mugabe de participer à ce Sommet. En fait, lorsque l’hôte de la réunion de l’UA, l’égyptien Hosni Mubarak, a pris la parole, il a mentionné toutes les questions à traiter, mais a laissé de côté le Zimbabwe. Le président zambien qui avait condamné ce qui s’est passé au Zimbabwe avant son arrivée en Égypte pour la réunion n’a pu participer à cause de problèmes de santé et a dû aller à l’hôpital. La présidente du Libéria a fait connaître son mécontentement. Le président du Botswana a fait de même.

Le Premier ministre kenyan, Rhaila Odinga, une victime du parti au pouvoir accusé de corruption dans son propre pays et parlant depuis Nairobi, a critiqué les dirigeants UE pour avoir permis à Mugabe de s’asseoir avec eux. D’autres dirigeants ont été moins directs. Ceci est compréhensible. Seul un petit nombre d’entre eux ont de bonnes références démocratiques. En fin de compte, les dirigeants de l’UA ont simplement invité Mugabe à parler à l’opposition, partager le pouvoir avec elle et mettre en place un gouvernement d’unité nationale. Mais seront-ils entendus par Mugabe ? Dans ce cas, une formule est déjà prévue pour d’autres dirigeants attachés à leurs sièges à travers le continent.

Il est intéressant de souligner que ce qui s’est passé dans le contexte actuel dépasse le cadre du Zimbabwe. Jusqu`à ce que l’UA traitera avec des problèmes de politique et de transition politique comme celui-ci, ceci aura une incidence sur ce que l’union se propose d’atteindre. Il est clair que tous les autres points pour l’intégration de l’Union africaine ne peuvent aboutir si la direction n’invite pas les pays politiquement instables à se conformer aux normes démocratiques civilisés. Rester au pouvoir par quelque moyen que ce soit en dehors de la volonté du peuple est une chose que les Etats membres de l’UE ont surmontée. C’est un facteur important dans les progrès que l’Union a réalisé dans d’autres domaines. L’UA ne peut y renoncer.

Il est étrange de constater comment le continent africain copie de bons mécanismes uniquement pour les adapter à sa propre convenance. Le Mécanisme d’examen par les pairs a été une idée lancée dans les premiers jours de l’UA. Il était étroitement lié avec le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et était conçue pour faire face aux excès, garantir une gouvernance minimum, ainsi que suivre les progrès réalisés dans des domaines convenus entre les membres de l’Union africaine. De manière significative, les dirigeants à l’origine de ce mécanisme ont été les premiers à en enfreindre les règles.

L’ancien Président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, qui a été à l’avant-garde de l’initiative du NEPAD, par exemple, a tenté de prolonger son mandat. Il aurait pu rien n’y trouver à redire. D’autres l’ont fait. Beaucoup d’autres le font encore, à l’aide de différents instruments. Mais doivent-ils être autorisés à agir de la sorte ? C’est là que sous une forme ou une autre la norme doit être clairement définie et fixée par l’Union Africaine.

L’Union n’autorise pas les leaders européens à être au pouvoir pendant de longues périodes. Il est difficile pour tout homme politique de manipuler frauduleusement le processus électoral. Les systèmes britannique et italien ne fixent pas de terme limites pour leurs Premiers ministres. La France l’a fait pour ses présidents.

Dans l’ensemble, toutefois, qui reste ou sort du mandat électoral est décidé dans des élections libres et équitables. C’est le souhait du peuple qui prévaut. Les performances dans leurs mandats déterminent le sort des gouvernements. Des élections libres et régulières, ainsi que l’exécution efficace du mandat électoral sont deux facteurs qui contribuent à la qualité de la gouvernance dont se réjouissent les membres de l’UE. Si le cas zimbabwéen se fut produit en Europe, la réaction des autres États membres aurait été prévisible. Les membres de l’UE se seraient présentés ensemble compacts et auraient mis à l’écart le chef en question. L’UA est destinée à prendre le chemin de l’UE comme un organe continental intégré, mais n’applique pas les règles aussi strictement qu’elle le devrait.

Il ne fait aucun doute que la tendance actuelle parmi les leaders sur le continent ne peut permettre que l’UA devienne une copie conforme de l’UE. Dans ce cas, les réunions régulières de ces dirigeants et leurs initiatives dans tous les autres aspects ne seraient qu’une mascarade. En effet, lorsque les activités de la plupart des dirigeants africains sont bien en deçà des normes acceptables, des forces à la fois centrifuges et centripètes sont mis en œuvre en même temps. Des mesures égoïstes, contre le peuple et antidémocratiques de la part de ces dirigeants transformeraient en un gâchis ce que l’UA est déterminée à réaliser dans le domaine de l’intégration.

Par exemple, comment ne pas s’étonner lorsque l’Union Africaine facilite la construction de routes ou de chemins de fer du Caire au Cap et des groupes d’opposition armés au Soudan, en République Démocratique du Congo, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi ou au Zimbabwe les bloquent dans leur œuvre? Que peut réellement atteindre l’intégration de l’UA dans les domaines économiques et sociaux ou des droits de l’homme lorsque ses États membres assument eux-mêmes des comportements troublants, comme les gouvernements infinis au Cameroun de Paul Biya, au Tchad de Idris Derby, au Burkina Faso de Blaise Campaore, en Gambie de Yaya Jammeh, en Égypte de Hosni Mubarak, en Ouganda de Yoweri Museveni, au Kenya Mwai Kibaki et de Mugabe du Zimbabwe, pour ne citer que quelques uns ?

S’il doit y avoir un revirement dans tous les points négatifs que l’UA affronte, il est nécessaire de faire référence à l’exemple de l’UE où les questions politiques et de transition politique sont concernées. Dans le domaine économique, social, politique et de la transition politique, l’UA doit veiller à ce que des normes rigoureuses soient respectées par les membres. Au non-respect de la part des membres il faut répondre avec des sanctions sévères. L’UE assure cela. C’est une des raisons pour lesquelles la Turquie est encore hors de l’Union.

L’argument des dirigeants africains est qu’ils veulent résoudre leurs problèmes par leurs propres règles est une perte de temps pour tout le monde. Il suffit de penser au cas du Darfour. Cette approche devrait être abandonnée.

Tunji Ajibade, l’auteur, a écrit d’Abuja et peut être contacté par le biais de tunjioa@yahoo.com ou au 07037832734.


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