Bulletin Europafrique – Numéro 2 – 23 mars 2007

Début février, l’UE et l’UA ont lancé ensemble une consultation publique sur l’élaboration d’une Stratégie UE-Afrique conjointe qui sera être approuvée lors du deuxième Sommet conjoint UE-Afrique, qui devrait avoir lieu à Lisbonne fin 2007. La première phase de la consultation dure jusqu’à fin avril. L’ECDPM (Centre européen de gestion des politiques de développement) a été invité à faciliter le processus de consultation, qui a pour but de solliciter le point de vue des acteurs non étatiques sur la future stratégie conjointe UE-Afrique.

Voici le deuxième Bulletin Europafrique (cliquer ici pour le premier numéro), qui vous présente les actualités de la consultation publique pour une Stratégie UE-Afrique conjointe. Il contient des nouvelles qui ont été publiées sur le site Web concernant les négociations institutionnelles, plusieurs événements sur ce sujet, ainsi qu’un résumé et une sélection de citations de vos commentaires et contributions.

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Nouvelles

Calendrier confirmé de la consultation Internet

Le rapport final de la consultation Internet sera soumis aux experts africains et européens qui préparent la Stratégie fin avril. Le rapport sera également présenté à la conférence des acteurs non-étatiques, prévue pour la fin avril en Europe (voir ‘Evénements’). Afin de pouvoir finaliser le rapport à temps, nous vous prions de bien vouloir soumettre vos réactions avant le 15 avril au plus tard. Cela permettra aux fonctionnaires de prendre vos contributions en considération avant la présentation des points clés de la Stratégie lors de la Troïka ministérielle UE-Afrique qui aura lieu le 14 mai.

La conférence de Bonn formule des demandes des ONG

Lors de la conférence « Perspectives d’Afrique – politiques d’Europe », qui a eu lieu le 12 mars à Bonn, les organisations non-gouvernementales européennes et africaines (ONG) ont débattu la Stratégie UE-Afrique. « Une stratégie UE-Afrique conjointe ne peut être crédible et durable qu’à condition que les sociétés civiles européenne et africaine soient suffisamment impliquées dans sa formulation », a dit Justin Kilcullen de CONCORD, l’association de coordination des ONG européennes. Pour Agnes Abuom (Conseil Oecuménique des Eglises), la participation des ONG s’est souvent avérée être une théorie plus qu’une pratique. « Quiconque parle de partenariat fonde sur des droits égaux se doit d’écouter la société civile africaine et non de la presser avec des échéances pour les négociations trop courtes ».

Lisez le communiqué de presse de VENRO, la plateforme des ONGs allemandes de développement.

Evénements

  • Consultation de la société civile africaine sur la Stratégie UE-Afrique, Accra, Ghana, les 26-28 mars (www.africa-union.org)
  • Conférence des acteurs non-étatiques sur la Stratégie UE-Afrique, prévue pour les 23-24 avril. Les résultats serviront d’apport au dialogue officiel de la réunion ministérielle de la Troïka du 14 mai, ensemble avec le rapport de la consultation Internet. La date et le lieu seront confirmés sur le site Web dans les jours à venir.
  • Table ronde sur les relations Europe-Afrique à Pavie, Italie, le 16 mars. Organisée par CICOPS, l’EADI, et l’ECDPM.
  • Forum ouvert de la société civile avec Louis Michel, commissaire européen en charge du Développement et de l’Aide humanitaire, le 20 mars à Bruxelles.
  • Le Forum africain de la société civile 2007 se tiendra les 22-24 mars à Addis Abeba, Éthiopie, sur le thème « La démocratisation de la gouvernance aux niveaux régional et mondial en vue de la réalisation des OMD ».

Négociations institutionnelles

Un résumé de la première réunion conjointe d’experts UE-Afrique qui a eu lieu les 19-23 février à Bruxelles a été approuvé tant par les experts africains qu’européens, donnant un aperçu de toutes les questions débattues se rapportant aux cinq thèmes (vision partagée, questions clés de développement, paix et sécurité, commerce et intégration régionale et gouvernance et droits de l’homme), y compris les points de divergence.

Lisez le résumé.

Lisez le communiqué de presse.

La prochaine réunion d’experts UE-Afrique se tiendra les 23-24 mars à Addis Abeba, Éthiopie. Un résumé des idées émanant de la consultation Internet sera présenté au dialogue officiel.

Participez aux débats

Au cours des semaines à venir nous aimerions approfondir les discussions de la consultation à l’aide des questions proposées jusqu’à présent lors des processus de la négociation institutionnelle et de la consultation publique. Il serait utile que vous puissiez structurer vos réactions en fonction de ces questions afin de contribuer de manière efficace aux débats. Ces questions seront publiées prochainement sur le site Web.

Résumé des contributions publiques

Cette section présente un aperçu des discussions publiées sur le site Web et met en exergue les questions soulevées.

Sur le processus de consultation

Les défis additionnels se rapportant au processus de consultation se réfèrent surtout aux délais limités, ainsi qu’à la question de la participation des institutions et la société civile africaines étant donne le calendrier. Plusieurs organisations souhaitent vivement que le processus de consultation se poursuive jusqu’au Sommet de Lisbonne et qu’après des mécanismes solides soient mis en place afin que les acteurs non-étatiques restent impliqués dans le suivi de la Stratégie UE-Afrique conjointe.

  • « La base de toute forme d’engagement devrait être un processus juste et ouvert, tout en engageant la société civile africaine. Les institutions devraient adopter une attitude ouverte et prendre en compte les préoccupations des citoyens européens et africains dans l’élaboration d’une vision partagée pour l’avenir des relations entre l’UE et l’Afrique. Pour établir un vrai partenariat, l’UE doit être prête à tirer des leçons de l’expérience et l’expertise africaines ». CONCORD

Sur la vision partagée

Les contributions sur la vision partagée continuent à lancer un appel en faveur d’un changement important dans les relations UE-Afrique et d’un abandon de la relation traditionnelle entre bailleur et bénéficiaire. L’impact de nouveaux facteurs, comme par exemple la relation renforcée entre l’Afrique et la Chine, sur la relation UE-Afrique a été reconnu. Quelle position adoptera la nouvelle stratégie envers d’autres partenariats entre les deux continents ? Et l’Afrique aura besoin de suffisamment de temps pour présenter sa propre vision partagée sur sa relation avec l’UE avant de s’engager dans un débat sur une vision partagée eurafricaine. Dans le cadre d’une vision partagée entre l’UE et l’Afrique, les deux parties devraient être en mesure d’élaborer et de défendre des perspectives communes au sein des tribunes internationales.

Plusieurs contributions mettent l’accent sur l’unité africaine comme une condition de développement. Comment pourrait-on arriver à une meilleure unité entre les États africains et mettre fin à la diversité au sein du continent. Quand les États membres de l’UE aborderont-ils l’Afrique comme un continent uni et non de façon fragmentée ? Une autre question connexe est comment la stratégie UE-Afrique conjointe se positionne vis-à-vis les violations des droits de l’homme et du droit international qui ont lieu sur le continent africain. Plusieurs commentaires ont requis une action de la part de l’UA en ce qui concerne la situation des droits de l’homme, dont plusieurs commentaires sur le Zimbabwe, ainsi qu’une prise en compte de la situation au Sahara occidental dans le cadre de la nouvelle Stratégie conjointe.

  • « L’Europe et l’Afrique partagent tellement de choses qui lient leurs destins entrelacés pour toujours… Toute discussion visant la création d’une collaboration plus claire entre les deux peuples devrait se fonder sur une coopération juste, tout en se fondant sur des liens uniques avec leurs hauts et leurs bas. La question est de créer plus de hauts que de bas », Abdulkadir Khalif Sh. Yusuf, (Somalie);
  • « L’Afrique est sous-développée et elle devrait tout d’abord tenter de résoudre les causes de cette situation, avant de s’engager dans des pourparlers avec l’UE sur leur partenariat par rapport à l’agenda de développement », Julius Okelo.

Sur les questions clés du développement

Les contributions se sont concentrées sur les questions de l’éducation, de la migration, de l’infrastructure, de la santé, et de la dette, ainsi que la perception de l’Afrique a l’etranger qui souligne l’importance des politiques de communication. Un appel en faveur de partenariats privé-public a également été lancé. En particulier, quelques participants ont demandé plus d’attention sur les maladies tropicales négligées, tout en reconnaissant les efforts pour combattre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. L’annulation de la dette a été mentionnée fréquemment par plusieurs participants soulignant la responsabilité des pays allouant des prêts excessifs. Des commentaires sur les modalités de l’aide ont exprimé des préoccupations sur le maintien de l’attention de l’aide de la CE sur la santé et l’éducation dans le contexte d’une utilisation croissante de l’appui budgétaire, ainsi que sur la fin de la relation donateur-bénéficiaire. Le partenariat devra être égalitaire, prenant fondé sur les peuples, et non sur les dirigeants. Il faut mobiliser les acteurs et décideurs locaux, ainsi que la diaspora africaine en Europe dont le rôle dans la négociation de la Stratégie UE-Afrique conjointe devra être définie plus en détail.

Un autre aspect qui a été proposé est le besoin de mieux prendre en compte les politiques concernant les groupes faibles de la société, se référant en particulier aux gens handicapés, les femmes et les enfants. Depuis l’approbation de la nouvelle Convention sur les droits des personnes handicapées de l’ONU l’année dernière, plusieurs acteurs ont demandé la ratification de cette convention par tous les États d’Europe et d’Afrique, et l’amélioration de l’intégration des handicapés à tous les niveaux politiques, en particulier en ce concerne la santé de base et l’éducation. Plusieurs recommandations spécifiques en la matière ont été faites.

  • « Les politiques de migration de l’UE peuvent avoir une incidence importante sur le potentiel de la migration en termes de développement, ainsi que sur les conséquences de la fuite des cerveaux. Par conséquent, les politiques de migration devraient se formuler en parallèle avec les politiques de développement », Valentina Mazzucato (Pays-Bas);
  • « Quelque 80 millions d’Africains vivent avec un handicap… Si le premier but du partenariat avec l’Afrique est la mise en oeuvre des OMD, nous ne pouvons espérer d’atteindre les objectifs du millénaire sans inclusion explicite des handicapés », Andrew K. Dube (Afrique du Sud);
  • « La dette…il faut clairement la supprimer, immédiatement, intégralement et sans conditions. La justification d’une telle décision relève à la fois de l’histoire et de la politique… Pour aboutir à un sur-endettement, il faut qu’il y ait “sur-emprunteur”, mais aussi “sur-prêteur”… », Jacques Gerard (France).

Sur la gouvernance

D’après plusieurs participants, il ne convient pas tant de discuter de la signification de « bonne gouvernance » que d’examiner comment la mettre en oeuvre. Le concept ne peut pas être imposé, mais devrait être développé depuis le niveau local et, de préférence, suivi de près par la population elle-même. Il faudrait donner plus d’attention aux initiatives très positives d’origine africaine qui existent, et en tirer des leçons. De surcroît, la gouvernance n’est pas juste une question pour le continent africain, mais elle englobe également la gouvernance de l’aide.

Des contacts plus denses entre les deux continents ont été requis, non seulement entre les dirigeants (le leadership jouant un rôle important pour une gouvernance légitime) mais surtout entre les peuples qui en sont les bénéficiaires finaux. Par le biais du partage d’expériences on peut renforcer les capacités et favoriser une meilleure entente mutuelle. Le rôle des défenseurs des droits de l’homme devrait davantage reconnu par les deux parties prenantes, l’Europe et l’Afrique.

Le rôle de la société civile est essentiel : en tant que « producteur » de gouvernance, et comme « gardien » suivant de près les pratiques… Elle devrait pouvoir disposer de plus d’espace et de capacités, mais la société civile elle-même devrait respecter les différents principes de la « bonne gouvernance ». D’autres acteurs mentionnés en tant que promoteurs de la gouvernance comprennent les parlements, les cours de justice, les comités économiques et sociaux et la police, qui devraient disposer des mandats et moyens pour agir en tant que tel.

  • « L’UE devrait soutenir les gouvernements africains dans l’acquittement de leurs obligations, et garantir que sa propre coopération au développement répond aux conditions internationales », Kate Gooding;
  • « Si le partenariat UE-Afrique se veut viable et crédible, l’Europe doit être dans le camp du continent africain (pays et peuples), et NON seulement ses hautes figures (dirigeant politiques et bureaucrates) », Victor Onoviran (Nigéria);
  • « Les acteurs de la société civile doivent respecter les lois, éviter les fraudes fiscales, éviter de corrompre, soutenir l’État de droit », Charles Mukandirwa Wetemwami.

Sur le commerce et l’intégration régionale

La question de l’agriculture a été le point de mire du premier cycle de commentaires reçus dans la section sur le commerce et l’intégration régionale, avec différentes perspectives exprimées. Les politiques et subventions agricoles de l’UE et d’autres pays développés ont été mises en exergue comme les principaux facteurs entravant le développement durable de l’Afrique, étant donné que le secteur agricole constitue le vecteur économique du continent. Plusieurs commentaires se réfèrent aux contraintes structurelles qui influencent la compétitivité des secteurs producteurs africains. Le soutien de l’UE au développement de normes pour le bien-être du cheptel a été suggérée comme une possibilité de créer de nouveaux débouchés et de générer des revenus additionnels, de même que le renforcement de l’expertise technique et de l’envergure des infrastructures au travers du continent. Il a aussi été recommandé que l’UE et l’UA revalorisent leur dialogue pour étudier des positions communes dans des fora internationaux telle que l’OMC.

  • « Il n’y a qu’une seule politique qui est responsable pour le taux élevé de la pauvreté en Afrique, à savoir la politique agricole commune (PAC) de l’UE (et d’autres méchanismes de soutien agricole au Japon, aux États-Unis, et en Australie) », Andrew Allimadi, (Éthiopie);
  • « Un vrai débat doit avoir lieu entre UA et UE sur quelques questions liées au commerce mondial pour aboutir à des vues communes à négocier avec l’OMC qui devrait devenir une organisation mondiale du développement au sein du Groupe des Nations-Unies », Jacques Gérard.

Sur la paix et la sécurité

La plupart des contributions sur la question de la paix et la sécurité dans les relations UE-Afrique reconnaissent le lien étroit entre le développement et la sécurité. Les participants reconnaissent également le besoin de se concentrer sur la sécurité humanitaire, le renforcement de la paix, et de résoudre les causes premières des conflits, à savoir la pauvreté, la mauvaise gouvernance, la faiblesse de l’administration gouvernementale, le manque de démocratisation, la violation des droits de l’homme, l’impunité, l’exploitation illégale des ressources naturelles, la basse productivité, le commerce d’armes légers, etc.

Quel est le cadre ou niveau le plus adéquat pour travailler sur la question de la prévention et résolution de conflits en Afrique ? Tandis que tous reconnaissent l’importance de l’UA, quelques-uns ont exprimé leurs réserves en ce qui concerne la capacité, la compétence et une véritable volonté politique de l’UA pour jouer ce rôle, et ils lancent un appel à l’UA afin de redéfinir ses relations avec les Communautés économiques régionales africaines (CER).

Le renforcement des capacités en Afrique, assurer l’appropriation africaine de l’Architecture africaine de paix et sécurité, et le soutien maximum que l’UE et la communauté internationale pourraient apporter aux efforts africains pour prévenir et résoudre les conflits sur le continent, sont les défis principaux que beaucoup de participants ont souligné.

  • « Sans paix (..) impossibilité d’un quelconque développement », Mama Gnilane N’Diaye;
  • « C’est bien de penser à soutenir les forces de maintien de la paix, mais les actions les plus efficacies résident dans la prévention des conflits », Charles Mukandirwa Wetemwani;
  • « L’histoire de l’UA est pleine de politiques incohérentes et elle manque la volonté politique de dénoncer quelques dirigeants. L’UA a besoin d’une nouvelle vision qui est compatible avec les nouveaux défis qui se présentent à l’échelle mondiale, et elle doit abandonner la mentalité des vieux amis », James Nyawon (Zimbabwe).

A propos de la consultation

La consultation publique a lieu sur Internet, mais elle s’étend aussi sur les deux continents par des conférences et séminaires. Le but est que les idées générées par ces rencontres seront partagées et débattues par le biais du site Web. Merci de nous mettre au courant des événements que vous organisez, afin de les inclure dans le calendrier.

Pour savoir plus du processus de consultation

Organisateurs de la consultation / Qui peut participer ? / Pourquoi cette consultation ? / Base de la consultation / Phases de la consultation / Occasions présentées par la consultation / Limitations de la consultation / Comment la consultation aura lieu ? / Recevoir des mises à jour / A propos du site Web / Comment participer ?
Comment la consultation publique est liée avec la négociation institutionnelle ?

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